Les sinistres liés à l'eau

L'eau est à l'origine de la majorité des sinistres en construction. Au-delà des défauts d'étanchéité classiques, plusieurs phénomènes hydrogéologiques peuvent provoquer des désordres graves sur les ouvrages, parfois plusieurs années après la mise en service.

1. Les vides karstiques et la dissolution

Certaines roches sont solubles dans l'eau et peuvent former des cavités souterraines (karst). Les principales roches concernées :

Fontis spectaculaire en milieu urbain (Guatemala)
Effondrement d'une cavité karstique en plein cœur urbain (Guatemala City, 2010) : le fontis cylindrique parfait, d'environ 20 m de diamètre et 30 m de profondeur, illustre la brutalité du phénomène lorsqu'une cavité de dissolution remonte jusqu'à la surface.

L'effondrement d'une cavité provoque un fontis en surface — affaissement brutal qui peut emporter des constructions. Les zones à risque connues sont cartographiées par le BRGM (Géorisques) ; en région parisienne, l'Inspection Générale des Carrières (IGC) tient un registre des cavités anthropiques (anciennes carrières de gypse, de calcaire grossier).

Schéma d'effondrement de cavité karstique gypseuse
Mécanisme de remontée d'un fontis dans un terrain stratifié : la dissolution d'un banc de gypse en profondeur crée une cavité (karst en formation), dont le toit s'effondre progressivement par foudroyage successif. Le « cratère » apparaît en surface lorsque la zone de remontée atteint le terrain naturel — parfois plusieurs décennies après le début de la dissolution.

2. Les variations du niveau de la nappe

Le niveau d'une nappe phréatique varie naturellement dans le temps :

Conséquences pour les ouvrages enterrés conçus à un niveau de nappe sous-estimé : inondation de sous-sols, sous-pressions non prévues, infiltrations.

Remontée historique de la nappe parisienne
Remontée historique de la nappe parisienne sur 35 ans : chaque arrêt de pompage industriel (1978, 1982, 1995) entraîne une remontée par paliers, jusqu'à un nouvel équilibre supérieur de plus de 5 m. Ce type d'évolution structurelle, lente mais irréversible, dépasse fréquemment les niveaux de nappe pris en compte à la conception des ouvrages.

3. Le rabattement de nappe

Les travaux de rabattement de la nappe (chantier ou exploitation) peuvent générer deux grands types de sinistres :

4. La sous-pression (déjaugeage)

L'eau de la nappe accumulée contre les ouvrages enterrés exerce une poussée d'Archimède qui tend à faire remonter (déjauger) la structure. Cette sous-pression peut atteindre plusieurs dizaines de kPa par mètre d'eau au-dessus du radier.

C'est le principe du tonneau de Pascal : une faible quantité d'eau dans un tube vertical exerce une grande pression au-dessous, indépendamment du volume total.

Crève-tonneau de Pascal
Le célèbre « crève-tonneau » de Blaise Pascal (XVIIᵉ siècle) : en raccordant un tonneau plein d'eau à un tube vertical de plusieurs mètres rempli d'à peine quelques litres, on parvient à faire éclater le tonneau par la seule pression hydrostatique de la colonne. C'est le même principe qui s'exerce sur les radiers des ouvrages enterrés profonds : la pression dépend de la hauteur d'eau, jamais du volume.

Les sinistres typiques :

Le dimensionnement vis-à-vis des sous-pressions doit prendre en compte les niveaux de nappe extrêmes (centennale) et prévoir un lestage suffisant ou des tirants anti-flottabilité.

5. La liquéfaction du sol

Si un sol saturé pulvérulent est soumis à des vibrations, la pression interstitielle peut devenir supérieure à la pression des terres. Les contraintes effectives s'annulent et le sol perd toute sa résistance — c'est la liquéfaction. La rupture des fondations peut être instantanée.

On rencontre ce phénomène à deux échelles :

Engin de chantier embourbé dans un sol liquéfié
Engin de terrassement embourbé dans une zone de sables saturés liquéfiés en cours de chantier : la circulation répétée a augmenté la pression interstitielle au point d'annuler la résistance au cisaillement du sol. Ce type de désordre, fréquent en fond de fouille, impose des mesures correctives lourdes (purge, substitution, drainage complémentaire).

6. L'attaque chimique des bétons

Certaines eaux souterraines contiennent des éléments agressifs pour le béton :

Exemple historique : près du Pont de Neuilly, une forte odeur de H₂S se dégageait d'un puisard rassemblant les eaux de drains. Une altération du béton sur la surface intérieure de la paroi périmétrique avait été découverte dans les zones humides correspondant à des infiltrations d'eau de nappe.

7. Mauvaise réalisation des ouvrages de protection

Plusieurs causes de désordres récurrents :

Annexe — La fissuration des bétons

Les fissures dans les bétons enterrés sont des chemins préférentiels d'infiltration. Plusieurs causes :